Bain de lune, un roman polyphonique

Par Maguet Delva

Port-au-Prince, 26 mai 2015

 

Le nouveau roman de Yanick Lahens est composé de 42 « nouvelles » formant un ensemble romanesque imprégné d’un réalisme sans fioritures étayé par de solides argumentations sociales. D’un bout à l’autre, les règles du « réalisme » étant respectées, les 274 pages du roman ont pour décor « Anse Bleue » un village d’Haïti, où les familles sont divisées écartelées, déchirées. Les personnages évoluent à la limite de toute moralité, en proie au déchirement, sous le règne de la corruption, la concupiscence, l’injustice et la haine. Les amertumes sont à fleur de peau, les insatiables désirs de revanche palpables. Les relations amoureuses se nouent avec des arrière-pensées morbides. La politique, au sens le plus révoltant du terme, se mêle de la partie. Les Lafleur sont des victimes d’une lignée héréditaire : les Mésidor. Ces derniers s’étant enrichis aux dépends des premiers.

Yanick Lahens peint une foison de personnages dans leurs moindres détails, traquant l’ambivalence des uns, le cynisme des autres, l’hypocrisie, et le vaudou comme refuge, véritable tremplin pour conjurer le sort. D’une nouvelle à l’autre l’auteur ne cesse de faire croiser les personnages au gré des aventures. Tantôt ils sont en harmonie, tantôt leurs relations se délitent. Ils s’unissent parfois suivant des intérêts communs. La diversité des personnages — plus d’une trentaine — fait de Bain de Lune un roman polyphonique à multiples facettes. Cela fait belle lurette que l’on n’avait pas lu, dans un roman haïtien, une description aussi physique, aussi épurée de la paysannerie haïtienne. Il faudrait remonter peut-être à l’ouvrage d’Edris Saint-Amand Bon Dieu rit, paru dans les années 1950. Dans cet ouvrage l’auteur dépeint les conditions misérables des paysans haïtiens de surcroît abrutis par les croyances religieuses et superstitieuses.

Le roman de Yanick Lahens est une saga familiale savamment mise en scène, qui tient le lecteur en haleine tant elle cisèle avec une précision métaphorique des personnages typiques du terroir haïtien. Qui ne connaît pas dans son entourage ou au sein de sa famille, une figure tutélaire comme Tertulien Mésidor, grand don, descendant d’une riche lignée dont l’évocation du nom est déjà un compte en banque bien garni ? À l’inverse, une Olmène Dorival figure par excellence de la misère haïtienne et victime patentée de toutes sortes d’injustices sociales dont l’éclatante et sublime beauté attire d’une manière foudroyante Mésidor.

Un réel est plus que réalité

L’auteur a patiemment narré une histoire fugace mettant en relief les confrontations foncières récurrentes, les expulsions des sans-grade ne possédant pas de noms. À travers ces deux principaux personnages, Yanick Lahens a écrit un roman réaliste à l’instar de Balzac ou de Maupassant, sauf qu’ici le réel est plus que réalité car il s’agit de la paysannerie haïtienne : « Le désir de Tertulien Mésidor pour Olmène Dorival fut immédiat et brutal, et fit monter en lui des envies de jambes emmêlées, de doigts furtifs, de croupe tenue à même les paumes de senteurs de fougères et d’herbe mouillée, Tertulien Mésidor devait avoir dans les cinquante-cinq ans, Olmène Dorival en avait à peine seize. »

 La rencontre, disons plutôt la razzia que fomente à intervalles réguliers Tertulien Mésidor sur les jeunes filles, en particulier sur la personne d’Olmène Dorival, ressemble plus à une formalité qui tient aux rapports d’un riche à une pauvre. Il faut bannir ici les mots : amour, sentiment, attirance réciprocité désir et les remplacer par droit de cuisage quasi obligatoire sur fond d’atroces misères. Le livre s’apparente par endroits à un reportage au long cours où se dégage un lyrisme débordant, où chaque personnage évolue avec ses désirs, ses contradictions, ses revanches à prendre. Le lecteur est emporté par la fluidité du récit, sa constante musicalité, son rythme envoûtant, la surprise suscitée par chacune des chutes, la beauté des évocations. Comme dans tout bon roman réaliste, les descriptions minutieuses ne sont nullement ennuyeuses. Chez Yanick Lahens, elles prennent l’allure de poèmes d’observation, où chaque paysage suscite une évocation particulière accompagnée de métaphores à couper le souffle. On retrouve la même veine sociologique qu’elle avait déjà développée dans La Petite Corruption en portraiturant avec maestria les acteurs de la vie sociale haïtienne avides de réussite, qu’importent les moyens pour y parvenir. La romancière fut la première à démontrer comment cette attitude gagnait l’espace mental de l’Haïtien.

Elle fait œuvre de mémoire

Mais Bain de Lune est d’un autre calibre. L’auteur juxtapose deux mondes qui se regardent, se parlent, se fréquentent mais qui n’ont rien en commun. C’est un inventaire de nos calamités sur fond d’un apartheid social que seuls les romanciers peuvent décrire, car le phénomène n’est pas saisissable de premier abord. Sur fond de misère pour les uns, de pouvoir absolu pour les autres, Yannick Lahens frappe là où ça fait mal. Ce n’est pas innocent de présenter ainsi la campagne haïtienne, le sujet étant récurrent depuis l’indépendance du pays. Pas un écrivain haïtien qui n’ait écrit sur les conditions misérables de la paysannerie : des recueils de poème, des pièces de théâtre, des romans démontrent que le problème ne date pas d’aujourd’hui. Cependant la spécificité du roman de Yanick Lahens tient au fait qu’elle en identifie la genèse. En effet elle fait une savante description historique, sa connaissance du milieu paysan est avérée. Elle campe des personnages qui évoluent à la campagne comme ce grand don Tertulien Messidor qui accapare les bonnes terres sur fond de spéculations sauvages mais l’auteur ne se contente pas seulement de décrire, d’expliquer, elle pose aussi des questions pertinentes pour l’avenir. La terre haïtienne peut-elle encore nourrir comme autrefois ? « Anastase Mésidor s’était déjà approprié les meilleures terres du plateau. Mais il en lorgnait d’autres pour les vendre à prix d’or aux aventuriers et francs-tireurs venus d’ailleurs, comme ceux de la United Indies Corporation qui, avec l’arrivée des Marines, s’étaient abattus sur l’île. Persuadés qu’ils étaient que les grandes propriétés, comme les Fincas de Saint Domingue ou les haciendas de Cuba feraient leur fortune et du même coup transformeraient enfin en paysans civilisés. »

Cet ouvrage fait aussi le point sur le passé avec l’occupation américaine dont les paysans ont payé un lourd tribut. L’auteur ne cache pas ce que représentait cette page dans l’histoire du pays, elle fait œuvre de mémoire entre les pros et les antis. Elle rappelle avec clarté ce que fut l’occupation américaine du pays. Servi par une plume aussi étincelante qu’haletante, où chaque mot est choisi avec soin, elle peint la paysannerie haïtienne avec une délectation somme toute passionnante qui donne un relief particulier à ce roman où elle fait ressurgir les problèmes, en creux des portraits de personnages à la limite de toute moralité, sur fond de règlements de compte familiaux : « Les Messidor tout à l’est de l’autre côté des montagnes surplombant Anse bleue avaient depuis toujours convoité la terre les femmes et les biens. Leur destin avait croisé celui des Lafleur et de leurs descendants, les Clémental et les Dorival, quarante ans plutôt. Un jour de l’année 1920 ou Anastase Mésidor, père de Tertulien Mésidor avait dépouillé Bonal Lafleur, aïeul d’Olmène Dorival, des derniers carreaux d’une habitation où poussait, sous le couvert ombragé d’ormes, d’acajous et de mombins, le café des maquis. Bonal Lafleur tenait cette propriété de sa mère, qui n’était pas du village d’Anse-Bleue mais de Nan-Campêche, une localité à six kilomètres des montagnes au sud d’anse Bleue. » 

Comme toujours chez Yanick Lahens, la femme tient une place de tout premier plan sans qu’elle ne verse pour autant dans un féminisme sirupeux. De chapitre en chapitre, elle brosse, par petites touches successives, le portrait de ces héroïnes confrontées au regard avide des hommes. On les retrouve sur la route, formant une splendide délégation de femmes marchant à la file indienne portant toutes leurs économies et les ingrédients de la vie sur leur tête.

Comme tout roman réaliste qui se respecte dont la philosophie repose sur des suspenses du bout à bout Yanick Lahens a su tenir ses principaux personnages au bout de leurs palettes. Son livre est constitué d’épisodes successifs, autant d’histoires différentes que l’on peut isoler, mais qui mettent en scène les mêmes héros. Chez elle, la « nouvelle » est alors comme une branche dans un arbre. A ceux qui liront ce roman, ils méditeront sur « le pays en dehors » car l’auteure est plus que convaincante sur l’urgence qu’il y a à s’occuper voire même à concevoir un plan Marshall pour la paysannerie.


Bain de lune, de Yanick Lahens, Editions Sabine Wespieser

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Source : AlterPresse


Yanick Lahens, prix Femina 2014



Crédit photo : Parole en archipel


POUR CÉLÉBRER AVEC YANICK LAHENS 

NOTRE COMMUNE JOIE, CAR ELLE EST IMMENSE !


 

Yanick Lahens en Altitude avec le poète James Noël, février 2014



La romancière haïtienne est récompensée pour « Bain de lune ». 

Une belle lauréate.

Crédit photo : Cultur Mag

Par  Grégoire Leménager


Le NouvelObs, Paris le 3 nov. 2014

Les finalistes du Femina, chez les romanciers qui écrivent en français, étaient au nombre de cinq. Entre le portrait d'un coeur simple du Cantal signé par Marie-Hélène Lafon, le western post-apocalyptique d'Antoine Volodine et les coulisses peu reluisantes du show de Buffalo Bill racontées par Eric Vuillard, il y avait de quoi voyager un peu.

Avec la lauréate, il y a de quoi se promener aussi : c'est Yanick Lahens, l'une des plus fines plumes de la littérature haïtienne contemporaine, qui l'a emporté au deuxième tour de scrutin par six voix contre quatre à Marie-Hélène Lafon. Avec « Bain de lune », elle nous entraîne dans son île, pour une saga familiale qui prend ses racines dans les années 1920 et court sur plusieurs générations (lire les premières pages ci-dessous).

Quand on avait rencontré la romancière, à Port-au-Prince, deux ans après le terrible de séisme de 2010, elle avait tenu à applaudir les siens pour leur «sagesse collective, qui est qu'on vit sans illusions et sans renoncement». On retrouve dans son roman cette volonté de regarder la réalité en face, toujours avec dignité, sans jamais noircir vainement le tableau. Le résultat (utilement accompagné d'un arbre généalogique) est une fresque à la fois complexe et cependant limpide, tant la prose de Yanick Lahens, ponctuée de mots créoles, semble couler de source pour mieux épouser, subtilement, la cause des femmes.

Après les succès remportés de ce côté-ci de l'Atlantique par Dany Laferrière, Lyonel Trouillot et pas mal d'autres, c'est évidemment une preuve supplémentaire de l'épatante vitalité littéraire d'Haïti. Mais la victoire de Lahens signifie autre chose encore : avec elle, ce sont aussi les Editions Sabine Wespieser qui se trouvent récompensées. Là où les grands prix littéraires s'obstinent généralement à couronner toujours les mêmes maisons, le détail a son importance.

Le Femina étranger, lui, n'a pas eu le même genre d'audace, mais on aurait mauvaise grâce de râler. Il a élu une belle lauréate aussi: c'est la romancière israélienne Zeruya Shalev, dont «Ce qui reste de nos vies», traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz, est paru chez Gallimard début septembre.
L'affaire s'est ici soldée au quatrième tour, par cinq voix contre quatre à «l'Homme provisoire» de Sebastian Barry (Joëlle Losfeld). 

Quant au Femina essai, il revient à l'historien Paul Veyne, très curieusement écarté la semaine passée de l'ultime sélection du Renaudot, pour les merveilleux souvenirs qu'il a intitulés «Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas» (Albin Michel).

Lui l'a emporté par six voix contre quatre au «Sigmund Freud» d'Elisabeth Roudinesco (Seuil), qui pourrait bien prendre sa revanche sans tarder. Le match retour est ce jeudi: ces deux-là sont étrangement les seuls finalistes du prix Décembre.

À noter. Le jury du Femina est aux dernières nouvelles composé de Camille Laurens (présidente), Diane de Margerie, Solange Fasquelle, Claire Gallois, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Danièle Sallenave, Chantal Thomas, Anne-Marie Garat et Josyane Savigneau.


L’amour au temps des dictatures 

Par Lise Gauvin – Le Devoir, Montréal le 1er novembre 2014 



Le dernier roman de Yanick Lahens, Bain de lune, emprunte aux tableaux des maîtres haïtiens un sens précis de la couleur et une distribution de personnages en silhouettes répétitives et pourtant différenciées. Alors que son roman précédent, Guillaume et Nathalie (Sabine Wespieser, 2013), se déroulait dans un registre intimiste, celui-ci se déploie en une vaste fresque racontant les heurts et malheurs des habitants du village d’Anse bleue, un lieu traversé par les ouragans naturels et politiques.

Une jeune naufragée est trouvée par des pêcheurs sur la plage après une tempête, le corps mutilé et sans vie. Sa voix toutefois se fait entendre, qui retrace les destins des trois générations de paysans l’ayant précédée et tente ainsi d’expliquer l’engrenage impitoyable auquel elle n’a pu échapper.

Histoires de clans et de rivalités familiales sur fond de dictature politique et d’intimidation militaire. Histoires de cohabitation plus ou moins chaotique entre les divinités vaudou et les dieux chrétiens. Histoires, enfin, d’éveil à l’amour et à la souffrance de femmes soumises par atavisme, dont les désirs et l’appétit de vivre sont vite engloutis dans un quotidien sans gloire. Quelques-unes se révoltent, telle cette Olmène Lafleur qui, une première fois, avait enfreint la règle non écrite en devenant amoureuse du chef du clan opposé au sien, ce Tertulien Mésidor puissant et riche qui la choisit comme maîtresse et lui donna un fils et une maison. L’idylle fut de courte durée et, l’amant devenant de plus en plus insupportable, Olmène décida de s’enfuir et de reprendre sa liberté.


Jours d’ouragan

Cette chronique débute alors qu’« à l’automne 1963, l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses recouvrit la ville d’un grand voile noir. Port-au-Prince aveugle, affaissée, à genoux, ne vit même pas son malheur et baissa la nuque au milieu des hurlements de chiens fous ». Dans les villages, certains hommes acceptent de faire partie des Tontons macoutes, la milice du dictateur, exécutant sans broncher les basses oeuvres qu’on leur commande. Jusqu’à ce que ces hommes soient à leur tour rejetés par l’arrivée au pouvoir de celui qu’on appelait le prophète mais qui, hélas, s’est peu à peu « transformé en quelque chose qui ressemblait étrangement à l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses. »

Tout cela narré avec une justesse de ton et un style sans enflure ni pathos, appliqué à rendre les gestes des uns et des autres avec une profusion de détails qui leur donnent tout leur sens. L’horreur n’en devient que plus explicite, la tendresse plus touchante. Certains passages sont de véritables pièces d’anthologie, telle cette description de l’immobilité provoquée par un ouragan : « Ce furent trois longues journées ennuyeuses d’attente, à gronder les enfants qui se chamaillaient et ne tenaient plus en place, à faire des nattes aux filles, aux femmes, à les défaire et à les refaire à nouveau. À raconter les rêves, à leur trouver un sens. À ressasser le temps d’avant, le temps longtemps, et à raviver les commérages. Trois longues journées de palabres traversées de silences pour parler aux dieux. »

Du point de vue de la langue, le récit est émaillé de mots et d’expressions créoles donnés en italique et assortis d’un lexique final. Tout en appréciant cette présence du créole sous la forme d’indices renvoyant à la parole des paysans, on ne peut que s’étonner de cette mise en évidence de son caractère d’étrangeté. Les romanciers de la créolité nous avaient habitués à des stratégies d’intégration de cette langue au tissu narratif qui permettaient d’éviter ce marquage de la différence rappelant l’esthétique du roman réaliste. Mais dans le domaine du pluralisme textuel, rien n’est simple…

On retiendra de cette chronique le portrait d’une société en proie aux bouleversements les plus inattendus, ceux de la terre et des éléments tout autant que ceux de l’amour et de la passion, et un art du suspense consommé de la part d’une romancière qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.




LIRE « BAIN DE LUNE » DE YANICK LAHENS



Crédit photo : Parole en archipel

Par Roody Edmé

Port-au-Prince, novembre 2014

 Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur


Anse bleue est un village figé sous le soleil morne d’Haïti et dont le destin poussiéreux et brumeux est régulièrement balayé par le vieux vent caraïbe.

Anse bleue, village meurtri sous les coups répétés des catastrophes naturelles et humaines, sert de cadre au dernier roman de Yanick Lahens, ’’Bain de Lune’’.

Une fresque littéraire qui traverse un siècle de notre histoire, le 20e siècle, avec ses fulgurances dramatiques : des occupations étrangères, des guerres civiles non révolutionnaires ; nos ‘’opéras’’ sanglants et nos révoltes frénétiques aussitôt récupérés par de super fauves de la politique.

Anse bleue est un microcosme de nos attentes et de nos espérances déçues. C’est avant tout, ce qu’on appelait au siècle dernier, un roman-paysan. Mais le texte de Yanick Lahens rompt avec les clichés d’un monde paysan idyllique ; ou le mythe du bon ‘’sauvage’’ vivant en complète harmonie avec la nature  et  dans une sorte de ‘’réserve’’ folklorique préservée des malices de l’urbanité oppressante et corrompue.

Tout comme, le roman s’éloigne de tout regard condescendant sur un monde  paysan prétendument arriéré que de bons missionnaires de toutes les idéologies viendraient élever au stade ultime de la civilisation.

Le défi est tout autre : il s’agit de nous faire vivre une saga mettant en scène deux familles les Dorival et les Lafleur. L’une appartenant au secteur ‘’féodal’’ d’Anse bleue et l’autre au clan des opprimés ; de ceux qui s’écrasent au passage des seigneurs de la terre et qui, pourtant, en sont attachés par des liens économiques, et sociaux complexes. Et les  bonnes pages d’une lecture démystifiante nous aide à démêler l’écheveau de cette fresque qui se déroule sur plusieurs générations.

Une histoire pleine de rebondissements, aussi escarpée et épineuse que la route sinueuse de notre Histoire de peuple. On découvre des hommes riches et puissants qui semblent commander aux humains et aux éléments, mais aussi des femmes du ‘’pays en dehors’’ éloignées de l’image traditionnelle de la femme soumise. Des femmes qui dans le respect apparent des codes sociaux animent le peu de vie économique de leur village et qui ont une sexualité assez libre quoique discrète qu’elles évoquent non sans malice, dans un langage connue que d’elles!

Une image éclairante et saisissante d’un monde grouillant de contradictions, un milieu plein de vie et de métamorphoses au fil du temps historique. La campagne telle que vous ne l’auriez jamais imaginée, au delà des idées reçues et des à priori idéologiques.

Des lambeaux de notre histoire viennent chapitre après chapitre modifier le décor d’Anse bleue, bousculer les pratiques conviviales, installer la méfiance, décupler les haines et meurtrir les identités.

Tout cela sur fond d’une religiosité toute paysanne, avec les manifestations authentiques de l’habitant qui vit encore avec ses morts, à travers cette frontière ténue entre le visible et l’invisible.

Les loas interviennent et deviennent par la magie de notre culture et du roman des personnages à part entière.

A l’instar des dieux grecs, ils ont des ambitions terrestres, mieux ils chevauchent des humains et dans une théâtralité  mystique transmettent in vivo leurs messages. On sent à la lecture de Bain de Lune, le travail assidu d’écoute et de documentation effectué par l’auteur pour nous faire pénétrer dans ce ‘’pays en dehors’’ que nous croyons connaître, et dont le marronnage culturel nous laisse épuisés sur nos pupitres d’intellectuels de la ville.

Bain de Lune, lève sur le monde paysan les épais rideaux de la méconnaissance et de l’arrogance des ’’prêts à penser’’. Nous allons à la rencontre d’une religion populaire, dynamique. Et pour citer Luc de Heush: « Une religion qui est un théâtre dansé, une explosion dramatique, une exubérance dionysiaque, une allégresse physique : Le corps humain est le véhicule du sacré. Les dieux apparaissent sur terre, s’incarnent et prêtent leurs voix aux fidèles ».

L’écriture du roman semble épouser le rythme palpitant de la campagne haïtienne, les roulements de tambour des rites petro et nago. Le roman apparaît comme un ensemble qui revient en arrière, reprend plans, notes et scénarios dont la progression entraîne en permanence des remaniements.

Une écriture qui nous renvoie en écho le bruit des cascades, le roulis de la mer, l’amplitude des vagues. Elle sait aussi nous faire écouter de turbulents silences, et en petites touches impressionnistes décrire les désirs brûlants des hommes et ceux à retardement mais non moins solaires des femmes ; ou des filles devenues femmes au clair de lune, à l’ombre de buissons odoriférants.

Il y aussi cette originalité du chœur paysan qui conte son histoire de cendre, de sueur et de sang. Mais aussi jette un regard placide sur les gens des villes en feignant l’innocence toute primitive que croit déceler le citadin du haut de sa « centralité urbaine ».

 Une jubilation dans le récit qui fait se rencontrer tous les mythes du monde et célébrer une humanité riche et diverse dans son universalité.

Le roman ne se déroule pas comme un long fleuve tranquille. Il faut se retrouver dans ce long générique de trois générations, comprendre les alliances et mésalliances, saisir les métamorphoses, accepter  que la relation entre le puissant Tertulien Mesidor et Olmène Lafleur, un peu la belle et la bête, n’est pas si contre nature. Et qu’ils viennent de la même contrée et que parfois les proximités géographiques gomment la lutte des classes.

La tentation « totalisante » du récit qui embrasse la description dans une fusion avec des personnages en mouvement ou en transes nous permet de suivre l’évolution d’un réel somme toute mouvant sous le regard écrasant du soleil tropical ou de la sérénité feinte de la mer.

Anse bleue est donc ce bout de terre adossée à la mer sur laquelle se déroule une histoire des mille et une vie, un prétexte pour une fresque littéraire qui deviendra un classique de la littérature caribéenne.

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DES DIEUX ET DES DICTATURES

Hugues Saint-Fort


New York, Novembre 2014

 

 

Dans Bain de lune, le récent roman de Yanick Lahens qui vient d’être récompensé du prix Femina, l’auteure prend ses distances avec le roman urbain et bourgeois des sentiments délicats qui caractérisait son précédent texte de fiction Guillaume et Nathalie (Prix Caraïbes 2013). En effet, Bain de lune témoigne d’une connaissance poussée de la vie et du quotidien des paysans haïtiens, apporte la preuve que la romancière a effectué un nécessaire travail ethnologique de premier ordre et qu’elle est restée sensible aux conditions de vie, aux désirs, à la philosophie du paysan et de la paysanne en Haïti. Le roman raconte l’histoire se déroulant sur quatre générations de deux familles haïtiennes résidant à Anse Bleue, un village d’Haïti. Ces deux familles sont les Lafleur et les Mésidor et elles s’entredéchirent pour des histoires de terre. A partir de ce cadre général récurrent dans le déroulement des existences paysannes haïtiennes, Yanick Lahens a dressé un immense tableau débordant de poésie qui décrit  la vie dans une campagne haïtienne où les dieux se mêlent aux hommes, où le pouvoir des méchants tantôt prend le dessus, tantôt est rejeté, où les dictatures se succèdent sous une forme ou une autre.

Le cœur de l’histoire commence un jour au marché de Ti Pistache quand le puissant, riche et fier Tertulien Mésidor rencontre Olmène Dorival, la fille d’un pêcheur et d’une paysanne. A partir de ce jour-là, rien ne sera plus comme avant. « Tertulien se mit à désirer Olmène non point comme un fruit défendu – il régnait en maitre et seigneur des vies et des biens à des kilomètres à la ronde --, mais comme un voyou désire l’innocence d’une pucelle. Elle n’avait pas d’avis, si ce n’est qu’il était venu le temps pour elle d’être une femme. Et que cet événement et ce savoir lui viendraient de Tertulien Mésidor, un homme puissant. » (pg.71).      

Bain de lune n’est pas un roman de femmes. Elles sont toutes dépourvues de tout pouvoir, passent une existence où elles sont toujours soumises à leurs hommes, finiront seules ou disparaitront sans laisser de trace.

En revanche, les hommes contrôlent tout : les terres, le pouvoir, l’amour, le sexe et même les sentiments les plus profonds des femmes. Tertulien Mésidor est le symbole complet de l’omnipotence des hommes dans la campagne haïtienne. Voici comment la narratrice décrit la première fois que Tertulien Mésidor posséda de force Olmène Dorival : « Malgré son désir violent, Tertulien prit soin de ne pas déchirer la robe d’Olmène. Il en ouvrit le haut et posa une bouche éperdue de sa chance sur deux tétons dressés dur. Olmène fut couverte par cet homme essoufflé qui la pénétra sans même ôter son pantalon, dont il avait juste défait la braguette. Il la pénétra avec la force gourmande et vorace, inévitable, d’une première fois, et l’appétit d’un homme mûr à qui une toute jeune fille donnait l’illusion que la mort n’existait pas. « Que tu es douce Olmène ! Avec ta peau de mangue mûre, ta chafoune de canne à sucre », murmura-t-il, ivre d’un corps qui vira en ces parfums forts qu’il aimait tant. Oui, qu’il aimait les paysannes ! Qu’il les aimait ! » (pg. 73).  

Mais voici maintenant la réaction d’Olmène Dorival : « Plusieurs fois de suite, Olmène retint un cri dans sa poitrine, jusqu’à ce que le plaisir engloutisse la douleur dans un vaste soupir. Tertulien avait le geste expert du voyou, mais il fallait la prendre vite, très vite, avant qu’un œil indiscret ne vint se poser sur cette jouissance. Celle de Tertulien fut hâtive, trop hâtive à son goût, et rattrapa celle fraiche, voluptueuse et étonnée d’Olmène. Un léger vertige lui fit croire un moment que son bon ange l’avait menée au lit d’une rivière dans les bras de Simbi, ou juste dans la bouche du vent, la bouche de Loko. Loin, très loin. Là où l’on entrevoit la mort. La mort douce. (page 74).    

Il est bien connu que les dieux / divinités vodou tiennent une place capitale dans la réalité et l’imaginaire des paysans haïtiens. Les recherches historiques, littéraires, anthropologiques l’ont confirmé à satiété et dans Bain de lune, la thématique de ces dieux occupe le devant de la scène et s’installe dans le quotidien permanent de tous les personnages. Presque pas une page du roman n’est tournée sans la présence de Legba, d’Agwe, de Zaka, d’Erzuli Dantò, de Ti-Jean Petro, de Damballa, d’Ogou, des Invisibles, des Mystères… « A la monotonie des jours très ordinaires, Olmène Dorival n’avait échappé que par les dieux, qui quelquefois la chevauchaient de songes, d’humeurs, de couleurs et de mots. » (pg.16).

L’autre thématique centrale du roman que la romancière déroule avec un art littéraire expert est la dictature et ses effets meurtriers sur la population. La dictature entre en scène à partir de 1960 comme l’introduit la narratrice : « Nous étions en 1960 et, pas plus que nous, Olmène ne savait qu’ils évoquaient l’homme au pouvoir, un médecin de campagne  qui parlait tête baissée, d’une voix nasillarde de zombi, et portait un chapeau noir et d’épaisses lunettes. Parce qu’il avait soigné des paysans dans les campagnes et traité le pian, certains…croyaient en son humilité, en sa charité, en sa compassion infinie. Quelques-uns, …sentant que leur ancien monde de caste à peaux claires était menacé, se méfiaient de sa tête de paysan noir qui ne leur disait rien qui vaille. Mais vraiment rien qui vaille ! « Bakoulou, rusé », répétaient-ils à souhait. (pg.51). 

Mais, c’est à partir de 1963, ainsi que le raconte la narratrice, que la dictature dirigée par l’homme qui portait un chapeau noir et d’épaisses lunettes prit possession de la ville, des cœurs et des esprits : « En septembre 1963, l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses recouvrit la ville d’un grand voile noir. Port-au-Prince aveugle, affaissée, à genoux, ne vit même pas son malheur et baissa la nuque au milieu des hurlements de chiens fous. La mort saigna aux portes et le crépitement de la mitraille fit de grands yeux dans les murs. Jamais ces événements ne firent la une des journaux. » (pg.112).

La tranche d’histoire racontée tout au long du roman se fit de plus en plus claire avec l’installation du prophète au Palais National. « Mais une fois au Palais National, le prophète s’était transformé en quelque chose qui ressemblait étrangement à  l’homme au chapeau noir et lunettes épaisses. …Au fil des mois, la ressemblance devint encore plus frappante. Le masque ne cachait plus le visage de l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses… » (pg.231).

Tout au long du roman, Yanick Lahens utilise le procédé bien connu au cinéma de la « voix off », c’est-à-dire de la présence d’une voix intérieure dont on ne voit pas le locuteur qui explique, précise, ou fait évoluer l’histoire racontée. Dans Bain de lune, ce procédé structure le récit du début à la fin. C’est lui qui ouvre l’histoire (page 9) et c’est lui aussi qui la conclut (page 263). Le récit développé entre ces pages mentionnées est contenu entre les explications de la voix off et l’évolution des tranches de vie des personnages. Ces personnages sont innombrables : il y a Olmène Dorival,  « au regard d’eau et de feu », fille d’Orvil Clémestal et d’Ermancia Dorival, et sœur de Léosthène Dorival et Fénelon Dorival. Dieudonné Dorival est le père de quatre enfants qu’il a faits à Philomène Florival : Abner Florival, Altagrâce Florival, Éliphète Florival et Cétoute Florival, la dernière du clan des Lafleur. Dans l’autre clan, il y a Anastase Mésidor, son fils Tertulien Mésidor, sa femme Marie-Elda et leurs dix enfants, sans oublier Jimmy Mésidor, le dernier du clan.  

Au-delà de la description de l’implacable et permanente condition des paysans vaincus par la  souffrance, les abus, la faim, ce roman séduit par la beauté de la langue et du style, les mots simples mais puissants, la poésie parfois douce et fascinante, parfois violente et accrochante de chaque scène, chaque narration, chaque commentaire. Je m’en voudrais de ne pas vous offrir ces quelques lignes avant de terminer. Dans ce passage, le personnage est l’un des rares paysans d’Anse Bleue qui aient réussi à émigrer vers l’Amérique. Il retourne vers sa nouvelle terre d’accueil, Miami : « Le jour était beau. Léosthène, revenu au regard neuf de l’enfance, tourna le dos un moment aux blessures de la terre, à des cicatrices profondes, et contempla Anse Bleue baignée de lumière liquide, le ciel et l’eau rayonnant à perte de vue. Chaque vague qui s’affaissait écumante sur le sable allait mourir en un luisant filet d’eau. Les oiseaux frôlaient la crête des vagues, sortaient de la mer et prenaient leur vol sur le ciel essoré. » (pg.189).

Ce deuxième passage est d’une violence rare mais il accroche le lecteur. Il se situe vers la fin du roman après la chute de la dictature de la descendance de l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses quand les paysans vont prendre enfin leur revanche. « …La voix ajoute : « Fénelon, tu vas mourir ! »

Un groupe d’hommes surgit du marché et lui barre le passage. La foule avait grossi en colère et en nombre parce que les prix avaient grimpé depuis quelque temps, parce que la sécheresse avait été rude. Parce que des enfants étaient morts de la fièvre dengue, faute de soins. Et que cela faisait des années que Fénelon leur avait planté la peur au ventre. Une colère immense qui attendait en chacun de ces hommes, chacune de ces femmes les a submergés. Ils voulaient extirper cette colère comme on arrache une dent malade…

La première pierre est partie d’un étal sur le côté gauche et a atteint Fénelon en pleine poitrine. Un coup capable d’assommer un âne. Sous le choc, Fénelon a perdu l’équilibre. En tentant de se relever, un second coup l’a maintenu par terre. Les insultes pleuvaient de tous les côtés en même temps que les pierres. Dans la foule, il y en a même qui riaient. Un rire indécent, cruel, capable de faire reculer le soleil. Mais il était encore là, le soleil, et Fénelon ne pouvait plus tout à fait le voir à travers le sang qui collait à ses cils. » (pg.221).

Et voici un troisième passage, long, construit avec du « je », ce qui le rend peut-être plus beau. Il est rendu par la voix intérieure dont nous avons parlé plus haut : « SOUVENT, POUR OUBLIER qu’à Anse Bleue, la vie a deux ancres aux pieds, je venais sur la grève regarder les vagues se faire et se défaire, respirer par tous les pores et m’imprégner d’iode et de varech, de ces senteurs âcres de la mer qui laissent à l’âme comme une étrange morsure.

Même quand la mer devenait cette plaque luisante, étale, à perte horizon, je désertais les terres brûlées pour la regarder jusqu’à cligner des yeux, jusqu’à en être aveuglée.

Même quand le nordé grondait des jours et des nuits d’affilée, j’écoutais à en être toute retournée, sa voix qui fracasse les rochers, je goûtais encore et encore son haleine salée sur mon visage.

Et puis une année, octobre toucha à sa fin, mon enfance avec. Je le sus aussi quand une plaie, inconnue de moi jusque-là, saigna dans l’après-midi d’une veille d’ouragan. Je me suis sentie toute drôle. J’avais chaud, j’avais froid. A la vue du sang coulant le long de mes cuisses, je me suis penchée pour voir d’où fusait cette blessure. A dater de ce jour, mes rêves de mer se troublèrent du bruit lointain de talons aiguille, bien belle, bien poudrée, comme les femmes à la télévision du directeur de l’école, maitre Émile. Je sais désormais comment sont faits les garçons. Je connais aussi la chose proéminente plantée au beau milieu de leur corps. Je sais aussi que j’ai un corps à leur mesure… (pg.225).

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LE FEMINA PREND LE LARGE EN SACRANT

L’HAÏTIENNE YANICK LAHENS 


AFP-Libération, Paris le 3 novembre 2014 


Vaudou et vent d’ailleurs ont soufflé lundi sur le prix Femina qui a sacré l’Haïtienne Yanick Lahens pour « Bain de lune », ample roman d’une violente beauté sur son pays, traversé par les cataclysmes, les magouilles politiques et les puissances invisibles.

Pour le Femina étranger, le jury a choisi une autre femme, l’Israélienne Zeruya Shalev, pour «Ce qui reste de nos vies» (Gallimard, traduit de l’hébreu), envoûtante variation, sur les mystérieux liens tissés entre parents et enfants, au soir de la vie d’une mère. « C’est une merveilleuse surprise et une reconnaissance pour la littérature francophone en Haïti », a dit à l’AFP, Yanick Lahens, radieuse. «J ’habite très très loin du monde parisien de l’édition. Ce roman, et ce prix, témoignent de la force de la culture haïtienne », a poursuivi la lauréate, née à Port-au-Prince en 1953 et grande figure de la littérature haïtienne francophone. Elle est aussi très engagée dans le développement social et culturel de son pays.

« Je suis très sensible au fait que le jury a compris que cette histoire, si elle se passe en Haïti, est universelle ».

Pour Christine Jordis, porte-parole de ce jury exclusivement féminin, « Bain de lune » (Sabine Wespieser) est un « beau roman qui a le sens du mystère et de l’invisible et qui nous sort de notre horizon habituel. L’auteure évoque les ancêtres disparus, à l’influence très forte sur les vivants».

En 2013, déjà, les dames du Femina avaient récompensé une romancière venue d’ailleurs, la Camerounaise d’expression française Leonora Miano, pour « La saison de l’ombre » (Grasset). «Mais c’est un hasard», assure Paula Jacques, également jurée.

L’historien de la Rome antique Paul Veyne (84 ans) a remporté quant à lui le Femina de l’Essai pour l’attachant livre de souvenirs, «Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas» (Albin Michel).

- Amour et mort -

Après des études en France, Yanick Lahens est retournée en Haïti enseigner la littérature à l’université jusqu’en 1995. Elle a aussi été journaliste. Elle a cofondé l’Association des écrivains haïtiens, qui lutte contre l’illettrisme, et créé en 2008 «Action pour le changement», qui forme notamment les jeunes au développement durable et a permis de construire quatre bibliothèques en Haïti.

Brossant sans complaisance le tableau de la réalité haïtienne dans ses livres, Yanick Lahens a publié en 2000 son premier roman, « Dans la maison du père » (Serpent à plumes). Chez Sabine Wespieser, sont parus en 2008 « La Couleur de l’aube », prix du livre RFO et prix Richelieu de la Francophonie, « Failles », récit inspiré du séisme qui a frappé Haïti en 2010, puis « Guillaume et Nathalie », prix Caraïbes 2013.

Tout sourire, son éditrice Sabine Wespeiser, à la tête de la maison éponyme fondée... le 11 septembre 2001, s’est réjouie de «ce formidable encouragement pour l’édition indépendante. C’est aussi un excellent signe pour les libraires indépendants qui ont beaucoup soutenu ce roman».

«J’ai aussitôt fait réimprimer 30.000 exemplaires de "Bain de lune", tiré initialement à 10.000», précise-t-elle à l’AFP.

Dans le roman, un pêcheur découvre une jeune fille échouée sur la grève. La voix de la naufragée, qui en appelle aux dieux du vaudou et à ses ancêtres, scande cet ample roman familial qui convoque trois générations pour tenter d’élucider le double mystère de son agression et de son identité.

Près de là, à Anse Bleue, les Mésidor, seigneurs du village, et les Lafleur, se détestent depuis des lustres. Quand Tertulien Mésidor rencontre Olmène (une Lafleur), le coup de foudre est réciproque. Leur histoire va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs. Mais, dans cette île balayée aussi par les ouragans politiques, la terreur et la mort s’abattent sur Anse Bleue...

Yanick Lahens a reçu en 2011 le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son œuvre. Membre du Conseil international d’études francophones, elle a fait partie du cabinet du ministre de la Culture, Raoul Peck (1996-1997). Elle a reçu cette année le titre d’officier des Arts et des Lettres.