LE QUÉBEC DIT EN FRANÇAIS « MERCI » À  HAÏTI !   BRAVO ! MAIS ENCORE…

publié le 14 déc. 2013 à 15:36 par Robert Berrouët-Oriol   [ mis à jour : 29 déc. 2013 à 05:19 ]

Montréal le 1er décembre 2013

Par Robert Berrouët-Oriol


 

J'ai lu avec délectation l'article « Salon du livre - Quand le Québec dit merci à Haïti » que signe mon collègue Max Dorismond. Depuis l'archipel fécond du débat d'idées et du partage, je tiens à le féliciter publiquement pour cet alerte reportage qu'il a offert aux lecteurs de « Haïti Connexion culture ». Ce reportage au long cours, tissé d'informations pertinentes et agrémenté de belles photos, renseigne bien les lecteurs sur un événement majeur et exceptionnel qui a eu lieu au récent Salon du livre de Montréal (36e édition, du 20 au 25 novembre 2013) où Haïti était l'invitée d'honneur. En s'écartant brièvement du sujet, l'article a également le mérite de rappeler aux lecteurs la vaste et multisectorielle contribution de la communauté haïtienne à la modernisation du Québec ces quarante dernières années.

L’article expose un éclairage amplement ciblé sur l’un des plus forts moments du Salon du livre de Montréal : Haïti invitée d’honneur, c’était la présence d’une douzaine d’écrivains venus spécialement d’Haïti pour l’événement. C’était aussi plus de 800 livres d’auteurs haïtiens acheminés à Montréal par avion –la plupart de ces livres, le libraire responsable me l’a confirmé, ont été très vite vendus au Pavillon d’Haïti, une  heureuse initiative de la librairie Le Port-de-tête et des Éditions Mémoire d’encrier. Haïti invitée d’honneur, c’était également nos écrivains invités en vente-signature, ou participant à des tables-rondes fort fréquentées, ou donnant des entrevues radio-télé. Haïti invitée d’honneur, je tiens à le souligner, c’était la grande convivialité entre écrivains haïtiens venus d’Haïti et ceux qui vivent au Québec ou aux États-Unis. C’était le lancement, par le poète James Noël, du no 2 de la somptueuse revue IntranQu’îllités suivi d’une ludique et séduisante lecture de textes avec, entre autres, les vives voix d’Anthony Phelps, Yanick Lahens, Thélyson Orelien, James Noël, Robert Berrouët-Oriol , Joël Des Rosiers, Gary Victor, Émmelie Prophète, Stéphane Martelly… C’était aussi, au proche périmètre du Pavillon d’Haïti, la remise de la « Mention d’excellence » 2013 à Robert Berrouët-Oriol par la Société des écrivains francophones d’Amérique pour son livre de poésie « Découdre le désastre suivi de L’île anaphore »,  ainsi que la parution d’un nouvel essai de Joël Des Rosiers, brillant et hautement documenté, et qui porte le titre déictique « Métaspora – Essai sur les patries intimes ». Enfin de manière plus générale, Haïti invitée d’honneur c’était, au Pavillon d’Haïti, l’intérêt manifeste de plusieurs centaines de visiteurs québécois et haïtiens attentifs, séduits, curieux de découvrir ou de redécouvrir notre littérature transnationale et également de dialoguer avec nos talentueux écrivains.

L’événement Haïti invitée d’honneur a néanmoins connu un moment sombre, un moment d’irrespect et de grande déficience intellectuelle avec l’intervention d’une certaine Josette Darguste, « ministre » de la culture d’Haïti et membre d’une improbable et funambule association de saltimbanques néo-duvaliériste dénommée « gouvernement d’Haïti ». Dans la plus grande ville francophone d’Amérique, Montréal, cette Josette Darguste  –qu’on appellerait en lexicologie « sinistre de la culture »--, a salué uniquement en créole le Pavillon d’Haïti et les visiteurs québécois francophones majoritaires lors de l'ouverture du Pavillon d’Haïti le 20 novembre 2013… Un discours rose-martellien, ânonné, rabâché, uniquement en créole, dépourvu de remerciements pour les écrivains québécois francophones  et qui a profondément choqué et les visiteurs québécois francophones majoritaires et les écrivains haïtiens présents. La politesse la plus élémentaire exige, au Québec de la Charte de la langue française, que l’on s’adresse aux Québécois francophones dans une langue qui nous est commune, le français. Face à un auditoire québécois francophone majoritaire, la posture populiste de Josette Darguste, qui se croit créoliste, est en réalité une imposture qui n’a rien à voir avec la légitime défense et la promotion rigoureuse et rassembleuse de la langue créole. Au Salon du livre de Montréal, l’imposture étalée de la « sinistre de la culture » d’Haïti, alias Josette Darguste, participe d’un recul des conquêtes institutionnelles du créole haïtien et, dans le contexte du Pavillon d’Haïti au Salon, elle ne fait pas honneur à notre littérature ni à nos écrivains qui tissent leurs œuvres dans les deux langues officielles du pays.  

Qu’on le comprenne bien : la fameuse « question linguistique haïtienne » concerne au premier chef les écrivains haïtiens qui, lorsqu’ils écrivent des romans, des pièces de théâtre, de la poésie dans les deux langues officielles du pays, le créole et le français, participent hautement d’une vision linguistique et sont partie prenante d’un combat éclairé et rigoureux pour la parité institutionnelle de nos deux langues. Pareil combat a des exigences élevées, je le dis une fois de plus, et mes collègues linguistes et moi nous l’avons amplement établi dans notre livre de référence intitulé « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions[1] ». Les exigences élevées du combat éclairé et rigoureux pour le créole, pour la parité institutionnelle de nos deux langues officielles impliquent également que le port, la représentation publique ou diplomatique de notre littérature comme de notre culture ne sauraient et ne devraient pas être confiés à des incompétents, à des amateurs (« ti amatè ») ou à des bricoleurs « tèt kale », qu’ils soient populistes ou pas.

Au Salon du livre de Montréal, la littérature haïtienne a été promue et bellement fêtée. Le Pavillon d’Haïti, visité par des centaines de lecteurs, fut un ample succès dû au maillage professionnel et solidaire de la librairie Le Port-de-tête et des Éditions Mémoire d’encrier qui méritent nos plus cordiales félicitations. Haïti invitée d’honneur du plus grand Salon du livre francophone d’Amérique, ô joie ! La fête aurait été encore plus belle si la « sinistre de la culture » d’Haïti, « dépaman » et funambule en ces hauts lieux de culture scriptée, avait su saluer et respecter, en français, les hôtes Québécois francophones qui ont si bien accueilli les écrivains haïtiens.

 


[1] L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions. Éditions du Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2011.

 

 

NOTE PUBLIQUE de Robert Berrouët-Oriol

 

Montréal, le 3 décembre 2013

 

À la suite de la publication de mon article « Le Québec dit en français ''merci'' à Haïti ! Bravo ! Mais encore », paru en Haïti et outre-mer sur plusieurs sites et abondamment lu et commenté en Haïti comme en diaspora, la fille de Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI m’a adressé, sur ToutHaiti, un courriel d’injures que je ne reproduis pas par respect pour les lecteurs de ToutHaiti. Je rappelle pour mémoire que, à l’instar de toutes les personnes présentes à l’inauguration du Pavillon d’Haïti au récent Salon du livre de Montréal, j’ai écouté un discours prononcé uniquement en créole par Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI.

 

La fille de Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI vient de faire paraître sur ToutHaiti ainsi que sur le profil Facebook du ministère de la Culture d’Haïti, un lien donnant accès à la version française d’une prétendue allocution que Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI aurait prononcée, en français, à l’ouverture du Pavillon d’Haïti au récent Salon du livre de Montréal.

L’ouverture du Pavillon d’Haïti le 20 novembre 2013, en présence de plusieurs centaines de personnes, ayant été un événement public filmé par de nombreuses personnes, j’exige donc que la fille de Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI ainsi que le service de presse de ce ministère publient immédiatement le document audio attestant sans l’ombre d’un doute que l’allocution de Mme LA « SINISTRE » DE LA CULTURE D’HAÏTI, alias Josette Darguste, aurait été prononcée en français.

 



NOTE COMPLÉMENTAIRE de Robert Berrouët-Oriol

 

Le 11 décembre 2013

Le texte « Salon du Livre de Montréal : Haïti à l'honneur - Discours de la ministre Josette Darguste à l'ouverture de l'événement »publié après-coup sur le profil Facebook du ministère de la Culture d’Haïti –après la parution de mon article du 1er décembre 2013 « Le Québec dit en français ‘’merci’’  à Haïti ! Bravo ! Mais encore… »--, est un document post-mortem… Josette Darguste commet frauduleusement un FAUX, s'adonne à la CONFECTION ET à l'USAGE PUBLIC D'UN FAUX : Mme la « SINISTRE DE LA CULTURE » d'Haïti n'a jamais prononcé cette allocution en français au Salon du livre de Montréal. Pour l'Histoire et pour la vérité : dès le 3 décembre en cours, JE L’AI MISE AU DÉFI DE PUBLIER IMMÉDIATEMENT UNE VIDÉO la montrant en train de prononcer cette soi-disant allocution en français au Salon du livre de Montréal...

 

Dans un environnement francophone majoritaire, l’ouverture du Pavillon haïtien au Salon du livre de Montréal, Mme la « SINISTRE DE LA CULTURE » d'Haïti, pour « faire peuple » et pour montrer qu’elle « défend » le créole et la culture populaire, s’est exprimée uniquement en créole. Ce « nationalisme populiste » est en réalité une mystification, de la poudre aux yeux puisque Mme la « SINISTRE DE LA CULTURE » d'Haïti est solidaire d’un Exécutif néo-duvaliériste pour lequel les droits linguistiques (2) de la majorité créolophone du pays est une chimère…

 

 

Dans un environnement créolophone majoritaire, y compris à Montréal, Mme la « SINISTRE DE LA CULTURE » d'Haïti aurait parfaitement eu le droit le s’exprimer uniquement en créole : nous l’aurions lors applaudie. Mais tel n’a pas été le cas… La légitime, la nécessaire défense et la promotion du créole haïtien ne saurait être confiée à des amateurs populistes de gauche comme de droite, tous étrangers à l’effectivité des droits linguistiques de la majorité créolophone du pays. La légitime, la nécessaire défense et la promotion du créole haïtien doit être une action concertée, contraignante mais rassembleuse de l’État à l’échelle nationale irriguant le corps social, les appareils d’État et tous les champs de communication entre l’État et les citoyens. Elle doit, au premier chef, être fondée sur une solide législation linguistique, la future première Loi sur l’aménagement du créole et du français, ainsi que sur des règlements d’application. Le populisme folklorique de Mme la « SINISTRE DE LA CULTURE » d'Haïti est en réalité un mépris caractérisé du créole haïtien et se situe aux antipodes de l’aménagement de nos deux langues officielles.

Tel est l’enjeu central de mon intervention.

Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

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NOTES

 

(2) Sur la notion de « droits linguistiques » de la majorité créolophone d’Haïti, consulter notre livre de référence : « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions ». Éditions du Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2011.