Écho de la mangrove

Clin d’œil estival

 

À Montréal, ça bouge, bouge et bouge encore…

Par Mozart F. Longuefosse

Montréal, août 2016

  

L’été, à Montréal, on  a très peu de temps pour courir toutes les activités qui animent la métropole. Le choix est vaste et sans fin. De festivals aux week-ends du monde en passant par les concerts publics de l’Orchestre symphonique de Montréal, sans oublier les nombreux pique-niques et baignades en tous genres, les ventes de débarras, les bibliothèques, les maisons de la culture et la Journée du livre haïtien  à venir,   ça n’en finit plus. Donc, pas d’excuse pour rester à la maison, même si la canicule pourrait freiner nos ardeurs. Et si c’est le cas cette année, les plus sédentaires ne seront pas en reste avec  les Jeux olympiques de Rio où de nombreux esthètes de l’effort, de la  souffrance et de l’endurance démontreront  la totale mesure de leurs muscles et bien des facettes du corps humain.

Pour ma part, cet été me permet de renouer avec  quelques saines  habitudes de  lecture, de promenades, de  concerts publics et, bien évidemment, d’événements littéraires. C’est ainsi que j’ai passé un moment très agréable à la librairie Olivieri, le samedi 6 août dernier, où les amis des mots et du poète Robert Berrouët-Oriol étaient conviés pour un « événement autour du livre Éloge de la mangrove ».

Tout un évènement !  Les retrouvailles  m’ont plongée dans ces temps d’autrefois où les activités socioculturelles foisonnaient. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me manque terriblement.


 

D’entrée de jeu, les titres évocateurs des recueils du poète (Poème du décours, En haute rumeur des siècles,  Découdre le désastre et le tout dernier, Éloge de la mangrove) m’ont offert la constante quête de ce dernier de bien faire sonner chaque voyelle, chaque mot, chaque phrase. Pour les profanes qui n’ont pas toujours les bonnes clés pour découdre le  mystère de ces rumeurs qui tempêtent dans les  vers de Robert Berrouët-Oriol,  le tambour qui sommeille en sourdine dans  ses phrasées saura les guider et les conduire là où leur  sensibilité voudra bien voyager.  Car voyager, c’est ce qu’il faut faire avec le poète :

« ma coloniale,

ma vaginale symphonie des chaînes

dans la tendresse des mailles

dans l’archipel des langues

la sourde clameur des langues

(En haute rumeur des siècles, p. 23)

 

Si on est un tant soit peu habitué à lire Robert Berrouët-Oriol,  on progresse de plus en plus dans la comprehension de l’esthétisme de son travail. Mais on laisse ce travail aux critiques et connaisseurs en poésie, on se contente de ramer vers des eaux apaisantes de la mangrove :

« c’est dans les eaux […] de la mangrove que je retrouve enfin quitus de soi la faim apaisée des voyelles[…] je recouds à mon image dentelles d’un coeur longtemps fêlé ce jour je chausse la dérision des amulettes prémonitoires »

(Éloge de la mangrove, p. 68)

 

 La lecture d’Éloge de la mangrove  nous révèle un poète beaucoup plus accessible. En tout cas,  cette fiesta de la poésie,  portée et commentée par des lecteurs et lectrices de choix, amis et muses du poète, a plu à l’assistance captivée. Je remercie donc Robert Berrouët-Oriol de m’avoir imposé cette belle pause poétique dans mon pèlerinage estival.