Présentation de Darline Cothière

« Une langue, une musique, une singulière poésie »

Par Darline Cothière

Ph.D linguistique, Sorbonne nouvelle

Présentation du livre « Éloge de la mangrove » au « Livre-événement »

Montréal, le 6 août 2016

 


Bonjour à tous,

 

Cela fait un moment depuis que je chemine avec Robert Berrouët-Oriol sur le terrain de l’aménagement des langues en Haïti. J’ai eu de rares occasions de lui parler de sa poésie, même si j’ai quasiment lu toutes ses livraisons.

C’est donc un honneur pour moi d’en parler aujourd’hui d’autant que ma présence ici est tout à fait inattendue (pour information, je viens de Paris et mes vacances étaient censées commencer lundi à Montréal).

Je dois vous dire que lorsque j’ai eu en main pour la première fois Éloge de la mangrove et étant habituée à la plume exigeante de Robert Berrouët-Oriol, je n’ai pu m’empêcher de me poser tout un tas de questions :

Comment m’approprier cette poésie sophistiquée qui rappelle celle de Saint-John Perse ?

Comment s’inviter dans la bulle de ce poète qui explore des univers bien étendus comme celui de la terminologie, de l’aménagement des langues, du droit linguistique et j’en passe ?

Comment pénétrer cette mangrove, sachant que, par nature, la mangrove est impénétrable ?

Dois-je tout simplement me laisser imprégner des mots, de la musicalité du texte ou partir d’emblée à la quête du sens, d’un récit en trame de fond ?

Dois-je privilégier ma posture de linguiste, c’est-à-dire : procéder à un découpage des unités syntaxiques, identifier les champs sémantiques, guetter les chaines événementielles, rassembler les occurrences lexicales, pourchasser les figures de style, écouter les rythmes, les consonances, les allitérations etc. etc. ?

Rien de tout cela au fait… car finalement je me suis abandonnée à cette mangrove, à cet espace étrange.

J’y ai découvert, sous un autre jour, des îles, une île, Haïti, des ombres de femmes, une langue, une musique, une singulière poésie. J’ai particulièrement apprécié la cohabitation de mots rares et des univers qu’ils rappellent.

Il y a des lieux que je n’ai toutefois pas pu pénétrer. Ils se sont érigés à moi comme un temple sacré, comme un mirage où le poète cultive savamment l’illusion.

L’éloge de la mangrove est parsemé de brillantes éclaircies qui dessinent le rapport du poète – notre rapport aussi - aux lieux, au temps, aux êtres.

Il est également ponctué de notes sensuelles qui célèbrent la féminité.

C’est une poésie enlevée, osée, espiègle, exigeante, hermétique, qui invite le lecteur à participer à la construction du sens.

Robert Berrouët-Oriol est bien né en Poésie et comme il le dit « sur le parvis de la mangrove ».

Embarquons, chers amis, vers cette belle destination et profitons de ce bel après-midi !

 

Merci de votre attention.