Enseignement-apprentissage du français.2

 

Fortenel Thélusma déconstruit les préjuges

dans l’enseignement-apprentissage du français  en Haïti

Par Webert Lahens

Port-au-Prince, 22 avril 2016

 

Fortenel Thélusma, « L’enseignement-apprentissage du français en Haïti : constats et propositions » - Quand des préjugés de l’institution scolaire projettent des reflets négatifs sur les bilingues, C3 Éditions, Port-au-Prince, 2016, 149 p. 

Fortenel Thélusma, linguiste didacticien, ne cherche point à quatorze heures une solution, à portée de main : il prône un changement de mentalité par rapport à l’apprentissage du créole et du français (parlé et écrit) dans le système éducatif haïtien. Il combat, avec force arguments, pour une nouvelle méthodologie de l’enseignement-apprentissage du français en Haïti.

Son travail met le cap sur une étude du statut du français en Haïti, sans opposer les deux langues officielles du pays.  En quelques mots, il invite à mettre un « frein à l’enseignement traditionnel du français qui repose sur une compétence grammaticale, sur une compétence littéraire, donc sur l’écrit. » Il pose ainsi sans détour le véritable problème de la diglossie en Haïti :

« Aujourd ‘hui, avance-t-il, il faut enseigner une langue utile soucieuse d’une communication orale et d’une communication écrite. » Car il a constaté, sur les réseaux sociaux, les sites, les forums où il développe et alimente ses idées, en tant que professeur à l’université dans les travaux des étudiants, que « Dans le monde, on prône le multilinguisme. Le jeune Haïtien n’apprend pas mieux une autre langue en méprisant le créole, sa première langue de socialisation. »

Pourquoi l’échec de l’enseignement du français ?

Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue soutient, dans sa préface, l’idée « d’une enquête sociolinguistique qui permettrait de mieux comprendre le mode de fonctionnement du français et du créole chez les locuteurs unilingues comme les bilingues ». Dans une évocation historique, le préfacier a fait ressortir  que « la première modélisation d’envergure du français parlé en Haïti remonte aux études pionnières de Pradel Pompilus », notamment à sa thèse de doctorat ‘’La langue française en Haïti », 1981, Éditions Fardin.

Pour le linguiste didacticien, Fortenel Thélusma « Certains observateurs pensent que l’échec de l’enseignement du français est celui du système éducatif haïtien. » Ou ne faut-il pas plutôt se demander si l’échec du système éductif haïtien n’est pas celui de l’enseignement du français ?

Les constats

Le linguiste Thélusma a fait un relevé des causes du problème de l’enseignement de la langue en Haïti, à savoir, d’après ses propres observations :

---Préjugé vis –à- vis de sa langue ; l’apprenant francise son discours en créole sur les plans phonétique, syntaxique et lexical. Au niveau d’une enquête partielle sur quatre (4) médias. Par exemple, Vision 2000 (99.3 FM Stéréo), Radio Galaxie (104.5 FM Stéréo) et 2 chaînes de télévision Télémax et Télévision nationale d’Haïti (TNH) mélangent, dans leurs émissions phares (sports ou nouvelles nationales) le français et le créole. L’auteur s’est alors posé une question pertinente quant à l’avenir du français en Haïti : « Sachant que la langue qui unit les Haïtiens à l’intérieur du pays est le créole, en quoi sont-ils concernés par la francophonie ? »

Le linguiste didacticien Fortenel Thélusma approfondit la question dans son étude « L’enseignement-apprentissage du français en Haïti : constats et propositions » . Il apporte une contribution en vue d’actualiser le problème linguistique haïtien.

Pour lui, c’est la cohabitation pacifique du français et du créole qui fournira une solution au problème. Car il ne faut guère ignorer « les défis qui attendent Haïti dans le champ éducatif. » Par exemple, le problème de communication (en français et en créole) au niveau de l’écriture. Le jeune (étudiant à l’université,  écrit-il en français (français-français) ? Ou écrit-il en français-créole (créole-français) ? N’y a-t-il pas un déni, une perte au niveau de la langue : le français n’est pas dominé, ni le créole. Pour être plus prosaïque, l’étudiant écrit, le plus souvent, en un français marron ou un créole marron : l’apprentissage de la langue au niveau fondamental n’est pas bien appréhendée.

Ce travail académique devrait accompagner les étudiants à l’université (sciences de l’éducation, par exemple) et tous les autres socio-professionnels pour cerner, en son âme et conscience, la problématique de l’enseignement du français en Haïti.

La question fondamentale qui demeure sans réponse, c’est l’amélioration de la qualité de l’enseignement en Haïti. Le système traditionnel doit sauter et se renouveler. En profondeur.

 

Source : Webert Lahens  

Paru dans Le Nouvelliste no 39700, vendredi 22 avril 2016.