Description du créole haïtien

La description du créole haïtien dans tous ses états

(revue Chantiers)

 

Chantiers - Revue des Sciences humaines et sociales de l'Université d’État d'Haïti

 

Appel à propositions

Pour son numéro « La description du créole haïtien dans tous ses états »

Sous la direction de Renauld GOVAIN, professeur de linguistique

Faculté de linguistique appliquée Université d’État d’Haïti

 

Le créole haïtien (désormais CH) est généralement vécu dans l’imaginaire des créolistes comme le parangon des créoles, c’est-à-dire une variété de créole qui aurait atteint assez rapidement (certains diraient précocement) une fonction sociolinguistique plus avancée que celle des autres. De ce point de vue, Ioana Vintilă-Rădulescu (1976) indique que dès le début du XIXe siècle le CH était apte à être employé dans la vie publique parce qu’ayant acquis bien avant les autres variétés de créole un plus ou moins haut degré de prestige. Selon Valdman (2005) il est la variété de créole qui aurait atteint le plus haut niveau de standardisation et d’instrumentalisation (Valdman, 2005). En n’oblitérant pas que le papiamento, créole à base lexicale ibérique des îles de Aruba, Curaçao et Bonaire, a connu un développement dans le domaine du journalisme officiel et des échanges commerciaux officiels, dès la deuxième moitié du XIXe siècle (1871), en plus d’être valorisé à l’écrit comme à l’oral à l’école, on peut cependant considérer que le créole haïtien a acquis un degré de grammatisation plus avancé que les autres, la grammatisation étant un processus consistant à outiller et « scripturiser » une langue sur la base des deux piliers de notre savoir métalinguistique : la grammaire et le dictionnaire (Auroux, 1994). Du fait du contact de ce créole avec d’autres langues, des chercheurs ont fait remarquer que ces langues de contact laissent leurs traces dans le fonctionnement du CH. Par exemple, par rapport à sa cohabitation avec le français dont il tire la plus forte part de son lexique (Pradel Pompilus (1985) indique que son vocabulaire est français à 85%), Albert Valdman (1991) parle de décréolisation, c’est-à-dire le fait par le CH de perdre certaines spécificités intrinsèques en se rapprochant de son superstrat. De même, Renauld Govain (2014) fait remarquer que le vocabulaire du CH est aujourd’hui fortement influencé par des emprunts à l’anglais et l’espagnol et que ceci est une conséquence de son contact avec ces langues étrangères, un contact qui est moins immédiat que celui qu’il a avec le français. Cela nous amène à vouloir relativiser ce pourcentage de 85% indiqué par Pompilus (op. cit.) par rapport au fait que ces emprunts plus ou moins massifs, notamment ceux faits à l’anglais sont plutôt nouveaux et n’y étaient pas encore entrés au moment où Pompilus y réfléchissait. De son côté, Marie Ensie Paul (2013) a fait une analyse diachronique du syntagme prédicatif dans une dynamique comparative en prenant en compte les créoles français des Petites Antilles, d’Haïti et de la Louisiane.  ! De nombreux chercheurs ont traité des thématiques abondant dans le sens de la description du CH. Parmi les travaux majeurs, citons, par exemple, la thèse africaniste de Suzanne Sylvain (1936) sur la description morphologique et syntaxique du CH, la Philologie créole de Jules Faine (1937), Gérard Férère (1974), des travaux portant sur les techniques d’écriture du CH (Dejean, 1977 ; Vernet, 1980), Frantz Joseph (1988), Michel DeGraff (1992), Jean Robert Cadely (1994), Claire Lefebvre et John Lumsden (1989), Claire Lefebvre et al. (1982), Dominique Fattier (1998), Albert Valdman (2007), Robert Damoiseau (2005, 2012), Herby Glaude (2012), Marie Ensie Paul (2013), etc.

Mais, il reste encore de profondes réflexions à conduire en termes de description et d’analyse du CH en vue d’une meilleure compréhension du fonctionnement du CH. […]

Ce numéro de Chantiers a pour but de poursuivre ce travail de description amorcé par ces auteurs  cités plus haut mais aussi par tant d’autres tout en cherchant à aller plus loin qu’ils n’ont pu toucher. Parmi les axes de réflexions et de description qui peuvent être abordés par les auteurs, nous pouvons retenir :  

- Phonologie, morphologie, sémantique, syntaxe du CH ; - Approches diachroniques du CH ; - Approches synchroniques du CH dans les différentes sphères discursives ; - Emploi des langues à l’école et à l’université : description des formes utilisées ; - État des recherches sur les corpus du CH ; - Description comparée du CH à d’autres créoles à base lexicale française, voire à bases lexicales diverses  - Description des pratiques du CH dans la littérature ;  - Alphabétisation, l’Akademi kreyòl ayisyen et le développement de la langue ; - Description des pratiques du CH dans les communautés diasporiques.

Les intéressés sont priés de soumettre un résumé de 200 mots maximum, au plus tard le 25 novembre 2015 au comité de rédaction de la revue. En cas d’avis favorable, l’article définitif doit être soumis au plus tard le 15 avril 2016 pour validation définitive du comité scientifique.

Le résumé et l’article intégral seront adressés : revue.chantiers@ueh.edu.ht . Des dates importantes à retenir 25 novembre 2015 : soumission du résumé de l’article ; notification :   15 janvier 2016 ; 15 avril 2016 :  soumission de la version finale de l’article ; juin 2016 :   retour des articles évalués par deux experts ;  parution :   automne 2016.

Les propositions (sous formes de résumé) et les textes qui en découleront peuvent être élaborés en français, en créole, en anglais ou en espagnol. La version finale sera accompagnée d’un résumé dans ces quatre langues dans l’ordre français, CH, anglais et espagnol. Le comité scientifique pourra traduire le résumé original en CH s’il en est besoin.

 

Références citées

Auroux, Sylvain, 1994, La révolution technologique de la grammatisation. Liège, Mardaga.

Cadely, Jean-Robert, 1994, Aspects de la phonologie du créole haïtien. Thèse de doctorat de l’Université du Québec à Montréal.

Damoiseau, Robert, 2012, Syntaxe créole comparée : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Haïti. Paris, Karthala. 

Damoiseau, Robert, 2005, Eléments de grammaire comparée français-créole haïtien, Cayenne, Ibis rouge. 

DeGraff, Michel, 1992, Creole grammars and the acquisition of syntax : the cas of Haitian. Thèse de doctorat de l’Université de Pennsylvanie. 

Dejean, Yves, 1977, Comment écrire le créole. Thèse de doctorat de l’Université d’Indiana.

Faine, Jules, 1937, Philologie créole. Port-au-Prince, Imprimerie de l'État.  

Fattier, Dominique, 1998, Contribution à l’étude de la genèse d’un créole : L’Atlas Linguistique d’Haïti, cartes et commentaires, Thèse de doctorat d’État Université de Provence.

Férère, Gérard, 1974, Haitian Creole Sound-System, Form-Classes, Texts. Thèse de doctorat de l’Université de Pennsylvanie.

Glaude, Herby, 2012 Aspects de la syntaxe de l’haïtien. Thèse de doctorat de l’Université Paris VIII.

Govain, Renauld, 2014, Les emprunts du créole haïtien à l’anglais et à l’espagnol. Paris, L’Harmattan.

Joseph, Frantz, 1988, La détermination nominale. Thèse de doctorat de l’Université Paris VII.

Lefebvre, Claire et John Lumsden (éds), 1989, Aspects de la grammaire du créole haïtien. Numéro spécial de la Revue québécoise de linguistique sur le créole haïtien 18-2.

Lefebvre, Claire et al. (éds), 1982, Syntaxe de l’haïtien. Ann Arbor, MI, Karoma.

Paul, Marie Ensie, 2013, La méthode comparative historique appliquée au syntagme prédicatif des créoles  français de Guadeloupe/ Martinique, Haïti et Louisiane : Interrogations et  perspectives. Thèse de doctorat de l’Université Paris III.

Sylvain, Suzanne, 1936,  Le créole haïtien : morphologie et syntaxe. Port-au-Prince, chez l'auteur et Wetteren (Belgique), De Meester. 

Valdman, Albert (dir.), 2007, Haitian creole-english bilingual dictionnary. Bloomingtong, Indiana University, Creole Institute. 

Valdman Albert, 2005, Vers la standardisation du créole haïtien, Revue française de linguistique appliquée, N°1, Vol. X, 39-52.

Valdman, Albert, 1991, Decreolization or language contact in Haiti. In Development and structures of creole languages: Essays in honor of Derek Bickerton, Francis Byrne & Thom Huebner (dir.), 75-88. Amsterdam, John Benjamins.

Vernet, Piere, 1980, Technique d’écriture du créole haïtien. Port-au-Prince, Le Natal.

Vintilă-Rădulescu, Ioana, 1976, Le créole français. Paris, Mouton. 


Information publiée le 24 octobre 2015 par Marc Escola  (source : Saint-Cyr James Rudolphle 10 novembre 2015.

 

Source : revue Fabula

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