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Que meure la chanson de la mort

Que meure la chanson de la mort

Par Haïti littéraire

Bourdon, Port-au-Prince, le 1er août 1963

Reproduit à Montréal en juillet 2017

 

Ce poème a été écrit, collectivement, pour la romancière Marie Chauvet par les cinq membres de Haïti littéraire : Davertige (Villard Denis), Roland Morisseau, Serge Legagneur, Anthony Phelps, et René Philoctète. Texte aimablement acheminé par Anthony Phelps.

 

 Photo : courtoisie du Cidihca.


Dans ton secret il souffle un air de cendre

et c’est la nuit qui vient à pas de pluie

avec ses bras perdus de légendes muettes

avec ses yeux perdus de départs repentis

C’est la nuit… Et toi qu’en dis-tu

Nous ne chanterons plus sur ces notes aveugles

et nous irons la plume aux doigts

 

Sur l’élan de ta voix glissent nos vies

vers l’aurore et la nuit et le sel de la mer

Le rameau s’envole et c’est toi qui rêves Marie

de danses tristes et de glaçons dans nos cœurs

dans nos mémoires vendues

Et c’est toi Marie… Nous ferons le cadavre exquis

Tant pis pour l’heure la poésie dans nos yeux

 

Dans la coupure de ta paume

tu retrouveras loin de nous la couleur de nos cœurs

et les mots qui disent toute la pensée des rayons

Marie!… c’est au-dessus des tours qu’on se voit

Les doigts liés les bras autour de la moisson

arrière tous nos serpents coupés

arrière et que meure la chanson de la mort

dans l’asphyxie de l’espace nos cœurs tremblant de trop de rêves

 

Et qui parlait de la légende de Villard

songeait que toi tu fus cette légende chère à nous autres

ô toi si pleine de légende de fumée et d’alcool

ce sera entre nous neige et silence neige et silence

quand tes pas s’élèveront vers le bleu

 

Ce sont Serge Roland Villard René et Thony

et toute la semaille des étoiles

mais l’hirondelle a passé aux lèvres un ciel entier

et tu disais nos serments étouffés

notre angoisse la corde au cou

 

Et pourtant nous avons conquis l’arc-en-ciel

dans tes cheveux de nuit

 

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