Rêver le pays natal

Rêver le pays natal

Extrait tiré du prochain recueil de Henry Saint-Fleur

Rêver le pays natal

Montréal, 2016

 


Il était une fois un cri

 

Lumière

couleur de sable

chasseur de pain

 

Il était une fois

Mère sainte fleur

 

debout

 

tel

un roseau

au milieu d'un champ d'ébène

riche pas avares de mots

 

couve la métaphore diurne

rythmes mathématiques l'alchimie du poème

 

dixit collage de voyelles débridées

au verso du manteau de verre

 

la vie débute

lorsque soleil givre le matin de tes mains

berce les habitudes des marchands de conscience

rivés à l'aube de ma tempe 

 

Il était une fois

allaitant nue

les strophes ma déception

 

une femme marabout 

 

tel

un chant d'allégresse

dans la rivière des hommes

jadis parsemé indigo et roucoux

 

berce l'enfant

 

dont le souffle

en quête de sevrage

trace une fois pour toutes

l'iris parcours de nos aïeux

 

Masque pour toute réponse

le chemin imaginaire nos abats-jour

vers la dictée corollaire des braves

 

liminaire tes cendres à peau

le tire-lire d’acrobates d'émotions

joue à l'improviste

 

invente les velléités triangle scalène

tributaire du quotidien des aubains

tiroir des noces de l'amitié dans le tunnel dit espérance

marque le mariage croisements de nos chants

inventés parmi toutes infortunes des ciseaux impassibles

ouverts à la transhumance de tes sueurs

 

Il était une foi

celle de Dieu

 

je parle ici

du dieu avatars de rabat-joie

annonçant rémission

des prothèses ma nuque

captant procession des psaumes 

 

vue dès l'aurore

ta joue en garde-fou

mes tenailles d'espoir

 

ici gît cimetière des ferrailles

portant croix nos épaules alourdies

par la marche de ceux et celles

qui se réclament de la vérité des justes

 

Lie ta chair confronte le vis-à-vis

mes souffrances en exergue d'histoires

portes entr'ouvertes vers le puits auréole

 

contre toute confluence

l’écriteau tes hanches

arbhore le cérémoniel d'Erzulie la belle

entrelacé rites de passage vers l'incantation de la durée

 

parenthèse chiffres ourdie de noblesse mensongère

la récolte des consonnes  

annonce parchemin des anneaux du verbe

entrelace le jeu des tombeaux

orne matricule du cahier alourdi de maux

 

Plaies dites et redites le tremplin asphalte

Du carrefour buvard des envies incessantes

 

Rêver en ton sein

pays natal gravé en filigrane

 

lieu de naissance

 

ville ma chair

 

ton pays tes cendres

 

île de tes yeux drape

la géographie de ta mémoire

en périphérie tes malheurs

 

La sépale,

cette fois ici

enfantera

ta portée

la foliole exhalaison tes entrailles

 

qui au son

de ta voix révisera

le compte à rebours

de ma vie

 

Rue Lamarre

chambre des joies

billes ma tempe

Face au Petit Séminaire

Tout juste à côté du grenier de la rue Pétion

Souvenir d'un président jouant marelle de pique

Lui-même gavé de pièces de monnaie toute neuve

lancées au hasard de vols affamés

en vue bénédiction des assoiffés

des laissés pour pauvre

 

Chaque dix sous agrippé

dicte rythme velléité nos cils 

vocifère l'empreinte mes silences

gave férocité nos entrailles

 

Chaque dix sous empoché

présente en tableau éphémère

la faim qui nous cisaille

comme une sonate agave de voyelles apaisantes 

toutes les fois quotidien nous révèle la tyrannie des hommes

 

J'attrape donc au hasard

La dîme du mendiant

braqué sur le tampon ma jeunesse

à jamais disparue

dans le grenier de mes sept ans

 

Je cherche le thé de la désolation

 

je retrouve l'annonce de mes indiscrétions habillée dentelles

dansant au rythme d'un chapiteau de soie où nos jeux de marengo

fument dans le tourbillon d’une coupe vide de poids moribonds

 

Les voies des cent voix marchent à contre sens de la lampe

 



L’AUTEUR - Henry Saint-Fleur vit au québec depuis plus de quarante ans; il a publié aux Éditions du CIDIHCA, en 1994, son premier recueil de poésie “Transhumance”.

Ses textes ont paru dans “Presqu'île”, “Présence”, “Anthologie de la littérature haitienne”, “Le 11 septembre des poètes du Québec”, “Montréal, vu par ses poètes”, “Revue Noire”, “Revue d'art de littérature et de musique”, “Riveneuve Continents”.

Henry Saint-Fleur est également comédien; il a joué dans plusieurs pièces de theâtre, notamment “Lance et Compte” et “Semi-détaché”. Il a interprété plus récemment le rôle de Jean-Jacques Dessalines dans le cadre d'une production radio-théâtre pour la commémoration des deux cents ans d’Haïti. Au grand écran, il tient un rôle de sage dans “Vortex”. Animateur culturel à la radio, il est aussi photographe. En 2015, il a exposé son oeuvre “Portraits d'artistes et d'écrivains” à la Maison de la Culture Côte des Neiges. 

Conseiller senior en “mobilité internationale”, Henry Saint-Fleur est un travailleur autonome. Président de “Tierra Solis – Solutions d'immigration et de mobilité internationale Inc”, il siège aussi au conseil d'administration de “L'Agence de communication Oxygen Canada – 100% communication Inc.”